Filmo Court métrage Long métrage Roman Divers Presse Contact Liens Textes Films Texte pour le catalogue du Festival l’Alternativa - Barcelone Jean-Claude Taki L’avenir du cinématographe est à une race neuve de jeunes solitaires qui tourneront en y mettant leur dernier sou et sans se laisser avoir par les routines matérielles du métier. “Notes sur le cinématographe” Robert Bresson Bresson avait vu juste. Si le cinéma a toujours été une histoire de solitude, aujourd’hui, alors que la question même du cinéma se pose, cette solitude est extrême. Extrême, car “faire un film” et “faire du cinéma” sont devenues deux choses différentes, voire incompatibles. Extrême, car “l’image qui sauve” a été remplacée par les flux du visuel. Nous vivons dans l’ère des flux (télévision, Internet, etc). Cette surabondance d’images est justifiée par la communication et le lien, le fameux “Connecting People”. Or, la déferlante des images s'est substituée de plus en plus à l’expérience. L’individu ne construit plus sa vie à partir de l’expérience d’un vécu en mouvement, mais adopte très tôt un rôle, un personnage qui s’inscrit sans difficulté dans les scénarii que propose la société des flux. Partant de ces imaginaires fictionnels, il va créer de l’intimité. Mais cette intimité n’est autre qu’un élément constitutif et attendu du personnage fictionnel qu’il aura adopté auparavant. Cette élimination du soi intime engendre un comportement grégaire et détruit le lien social profond. La perpétuelle répétition et la célérité des flux confrontent l’individu –de manière encore plus prégnante que ne lui imposait déjà sa condition humaine- à l’exil de l’immédiate présence, de l’immédiate vision, de l’immédiate jouissance. L’exil… Nous y voilà dans l’extrême solitude. Pour paraphraser Bresson, je dirais que « l’avenir du cinématographe est à une race neuve d’exilés qui tourneront en y mettant leur dernier sou sans se laisser avoir par les routines matérielles du métier. » Peu importe le support, peu importe le format, l’essentiel étant dans l’exil, car de l’exil l’homme fait trace. Le cinéaste d’aujourd’hui, j’entends le vrai, celui qui cherche avant tout à faire des films plutôt que du cinéma, ce cinéaste là doit dire : « On me chasse, me voici errant, je fais trace. » Récemment, j’ai fait un rêve. J’arrivais seul en bateau dans un petit port. Il faisait beau. Le village construit en terrasse s’élevait très haut au-dessus de la mer. Mon embarcation amarrée, je suis resté un instant sur le quai à regarder l’eau et à profiter du soleil. J’ai alors remarqué que d’autres petits bateaux arrivaient, tout comme moi, avec une seule personne à bord. Sans vraiment savoir pourquoi, cela m’a fait plaisir. J’en ai salué un ou deux et j’ai commencé l’ascension vers le sommet du village. Sans doute par curiosité. Pour voir, comme on dit. Les escaliers et les ruelles étroites m’ont conduit à une placette ceinturée par un muret, avec en son centre un arbre immense qui donnait une ombre généreuse et fraîche. Appuyé au tronc pour reprendre mon souffle, profitant de la fraîcheur, je regardais l’horizon. La mer… La mer sur 360°. Des reflets bleus, des reflets verts. Puis je me suis approché du muret et j’ai senti la chaleur du soleil arriver sur mes jambes. En bas, tout en bas, en voyant les gerbes d’eau qui s’envolaient de part et d’autre, j’ai compris que ce village n’était pas un village, mais un immense navire qui avançait lentement sur l’eau. Maintenant, j’ai plaisir à penser que ce village pourrait s’appeler l’Alternativa…
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