Filmo Court métrage Long métrage Roman Divers Presse Contact Liens Textes Films AccueilLES NOUVELLES PRATIQUES ET LES NOUVEAUX USAGES DE LA PHOTOGRAPHIE ET DE L’IMAGE ANIMEE Extrait de la table ronde. Présentation : Le Centre Atlantique de la photographie et Côte Ouest proposent une table ronde autour des nouvelles pratiques et des nouveaux usages de la photographie et de l’image animée. La rencontre aura pour but de s’intéresser aux pratiques de l’image, d’expliquer l’évolution de celles-ci et ses conséquences sur la consommation de l’image. Il sera également question des motivations du photographe et du réalisateur ainsi que la notion de transmission des nouvelles images au public. Cette table ronde favorisera les regards croisés sur cette problématique. Intervenants : Rémy FENZY, directeur de l’Ecole Supérieure d’Arts de Brest Sébastien REUZÉ, photographe, artiste Jean-Claude TAKI, réalisateur Modérateurs : Philippe COQUILLAUD, délégué général de l’association Côte Ouest François-Nicolas L’HARDY, coordinateur du Centre Atlantique de la Photographie François-Nicolas L’HARDY Pour tenter de répondre à ces questions et à toutes les questions qui vont émerger au cours de la discussion, on a appelé deux artistes : Sébastien REUZÉ qui est photographe et Jean-Claude TAKI qui est cinéaste et chacun utilise ses machines pour réaliser ses œuvres. Donc, je tiens à remercier ces deux artistes et je remercie également Rémy FENZY qui je dirais, un peu à la dernière minute a accepté de venir poser son regard sur ces travaux d’artistes et participer à la réflexion sur ces nouvelles images, sur cette nouvelle manière d’en faire et sur ces nouvelles petites machines qui sont à notre disposition. Voilà, je vous remercie d’être là si nombreux, c’est que sans doute cette question fait écho en chacun d’entre-nous. Je passe maintenant la parole à Philippe pour une présentation de Jean-Claude TAKI. Philippe COQUILLAUD Merci. Comme l’a dit François-Nicolas, on va aborder quelques questions, on ne les abordera pas toutes malheureusement parce que dès qu’on parle de ces nouvelles pratiques, nouveaux usages, on ouvre un champ énorme : artistique, citoyen, technique. On essaiera d’aborder tout cela effectivement mais puisqu’on a déjà pris un peu de retard, on va essayer de cibler davantage. J’ai le plaisir de présenter Jean-Claude TAKI qui est ici en qualité de réalisateur, je dis en qualité de réalisateur parce qu’il a d’autres qualités : professionnelles, artistiques ; je ne parle pas des autres évidemment, il est écrivain par ailleurs, ingénieur du son, me semble-t-il que musicien aussi, parce que j’ai vu qu’il y avait une bande son, par exemple. On l’a invité aujourd’hui parce qu’il a une démarche artistique très pertinente sur l’utilisation de ce nouvel outil qu’est le téléphone portable par rapport au fait de faire un film, de construire un film, une histoire et il va nous présenter une de ses œuvres et ensuite, on discutera justement à partir de cette œuvre-là de cette démarche artistique en tant que telle. Je vais d’abord lui demander de présenter le film que l’on va voir du côté de sa genèse et du côté technique aussi, avec quel support il a travaillé. Jean-Claude TAKI Bonjour. Alors, le film que je vais présenter, c’est un film qui va un peu contredire tout ce que je vais vous dire, mais pourquoi pas finalement, ça commence pas mal, comme cela. Au départ c’est une commande de la Région Aquitaine pour faire un film à partir du fond bibliothécaire. Une commande et le téléphone portable était pour moi quelque chose d'un peu antinomique. Donc voilà! déjà la contradiction commence là. Mais, ça donne quand même quelque chose, en tout cas ça donne un film. Le film, sur le fond, je ne veux pas vous en parler, je préfère que vous regardiez, que chacun se fasse une idée du film, après on pourra éventuellement aller plus loin si vous voulez, mais avant la projection, je vais laisser les choses un peu vierges. Techniquement, le film est fait avec un téléphone portable voilà, tout simplement. Je n’ai pas beaucoup de choses à dire de plus là-dessus et après c’est monté comme un film normal. Je ne sais pas, j’oublie peut-être des choses mais on y reviendra. Ah oui, le film s’appelle : « Si tu ignores le nom des choses ». La durée est de 11 mn. Merci, on lance le film maintenant. Présentation du film « Si tu ignores le nom des choses » Philippe COQUILLAUD Il y avait quelques soucis de sons, le son n’était pas tout à fait fidèle à la réalisation, au niveau de la stéréo notamment, désolé pour le film et le réalisateur. Il y a toujours 10/15 questions qui arrivent dans la tête après un film comme celui-ci. J’aimerai en poser une première concernant le travail sur l’image, parce qu’on a quand même une image très très variée dans un film comme celui-ci. On imagine que filmer avec un téléphone portable donne une image uniformisée et là on a des images qui font penser quelques fois au Super 8, d’autres qui ont une définition très très fine. Comment vous envisagez cette technique-là ? Jean-Claude TAKI Là, il faut dire comme vous avez pu le voir sur le menu, c’est le quatrième film que je fais avec le téléphone portable, donc maintenant, je commence un peu à connaître mon outil. C’est vrai que j’arrive à en extraire tout le jus que je peux en tirer. Les films précédents, je ne jouais pas sur la mise au point. Par exemple, le premier plan, je suis en mise au point manuel donc je peux me permettre d’avoir des flous et de passer sur un premier plan qui lui est net, alors qu’avant, je laissais tout en automatique. Et je ne sais pas pourquoi pour ce film là, je me suis dit, on attaque toujours le téléphone portable pour des choses comme : L’image est pourrie. Qu’est-ce une belle image ? Ce serait déjà la première question à se poser. Si on veut évacuer cette question, je me suis dit tant qu’à faire, on va faire une image qui va plaire à tout le monde, enfin qui ne va pas plaire à tout le monde mais qui puisse avoir une sorte de « qualité » même si je n’aime pas tellement ça. Et puis, par rapport au travail que je voulais faire là, avec une approche un peu plus plastique, j’ai eu envie de travailler sur l’image, d’avoir une certaine qualité de l’image. Philippe COQUILLAUD Dans votre démarche artistique, qu’est-ce qui, parce que vous avez déjà réalisé des films « plus classiques » avec un support vidéo ou cinéma, qu’est-ce qui vous donne maintenant cette envie d’approfondir la réalisation au travers d’un téléphone portable, qu’est-ce que ça apporte en plus chez vous dans votre travail ? Jean-Claude TAKI Alors effectivement, c’est une grande question, c'est-à-dire que depuis le début, je me suis posé la question sur ce qu’était la spécificité du téléphone portable. Et, finalement, il y en a des spécificités mais elles sont très ténues. Tout de suite on a imaginé des choses que je pense on peut faire ; on peut réaliser des films collectifs, on peut s’envoyer des images, je pense qu’on pourrait faire des choses, des films, oui des films, quelqu’un tourne un plan, l’envoie à un copain qui tourne un autre plan. Voilà, je pense qu’on peut avoir des applications comme ça et je tiens bien à préciser que le téléphone portable a des utilisations multiples. Moi, j’ai une approche peut-être artistique, mais on peut très bien faire de l’information avec du téléphone portable. Donc pour revenir à la question, il se trouve que finalement il y a une vraie adéquation entre ce pourquoi je fais les films et l’outil. C’est la première fois que j’ai un outil qui n’est pas un outil d’image, et c’est un outil avec lequel je peux téléphoner. Ça paraît être une blague mais finalement ce n’est pas une blague, c'est-à-dire que l’outil au départ ne m’inscrit pas moi dans un processus photographique ou dans un processus filmique. J’ai eu une petite caméra DV et que je n’ai jamais tourné avec, alors que le téléphone, je tourne avec. C’était peut-être, c’est peut-être mon problème, je veux bien l’admettre et je pense que c’est mon problème, mais malgré tout, il y a quelque chose qui m’intéresse là-dedans, c'est-à-dire que tout à coup l’outil en tant que tel finit presque par s’estomper. On a une approche très tactile des choses, très sensitives. Ce film contredit peut-être un peu ce que je dis justement dans le sens où il y a quelque chose d’assez pensé, mais les autres films que j’ai pu faire et ce que je compte continuer de faire en grande partie, c'est-à-dire - et malgré tout dans ce film aussi- les choses ne sont pas prédéterminées, ne sont pas à priori et c’est ce qui m’intéresse beaucoup avec le téléphone portable. Je suis dans une approche très sensitive des choses. Je suis dans un endroit, je suis dans un lieu, d’un coup j’ai, on va dire pour simplifier une émotion par rapport à quelque chose où en tout cas j’ai envie de saisir quelque chose, je le fais. Je ne sais pas si cette image va faire partie d’un film, je ne sais pas mais je l’enregistre. Et à partir de là, finalement toutes les images, ce qui est assez rare dans le cinéma, toutes ces images partent d’une vraie envie d’image, mais une vraie envie... Il y a quelque chose de physiologique là-dedans et ça c’est assez important. C'est-à-dire que tout à coup, ce n’est pas une image que j’ai réfléchi trois ans avant ou deux mois avant, que j’ai écrit, que j’ai mis sur du papier, sur quelque chose qui n’est pas adéquat à l’image. Là c’est l’image qui prime, là on touche à quelque chose qui est pour moi vraiment cinématographique. Au début je suis rentré là-dedans disons un peu par hasard, on m’a proposé d’essayer de faire un film avec un téléphone et j’étais comme tout le monde, j’avais un téléphone qui ne fonctionnait pas du tout pour faire ce genre de chose et d’une expérience que je trouvais plutôt rigolote au départ, je me suis rendue compte que c’était exactement l’outil qu’il me manquait, en fait, voilà. Qu’est-ce que je peux dire d’autre, voilà et donc par rapport à cette masse sensorielle disons que j’ai, après je fais un travail de montage ; c’est un peu un travail de sculpteur en fait, je me retrouve avec un espèce de gros bloc avec des images et je taille là-dedans ; et en taillant là-dedans finalement, on arrive à sortir des histoires, on va sortir des trames, oui il y a des choses, on peut même avoir plusieurs histoires. Et voilà, à un moment donné, on choisit une voie. Il y a quelque chose que je trouve assez jubilatoire là dedans, dans le côté toujours en perpétuelle évolution même si c’est toujours un peu le cas, là c’est extrême. Il y a une mise en danger qui me paraît très importante dans la fabrication, c'est-à-dire que je suis dans un doute permanent et que j’avance avec ce doute, et c’est ce qui m’intéresse beaucoup ; ce qui n’empêche pas justement, enfin mes films, je pense, le montrent, de faire des choses qui sont très très construites, c’est pas n’importe quoi et d'ailleurs je lutte contre le n’importe quoi. C'est peut être le danger du téléphone, de l’utilisation du téléphone portable, c’est vrai qu’il y a une facilité mais voilà on en parlait tout à l’heure, le téléphone portable comme plein d’autres choses c’est juste un outil, après peu importe l’outil finalement. La question de base, c’est pourquoi on fait quelque chose, voilà. Donc, même l’idée de support est plus très importante. Rémy FENZY Est-ce que à un moment donné, on ne peut pas imaginer que l’outil soit porteur d’imaginaire ? Jean-Claude TAKI Alors si l’outil est porteur d’imaginaire ? Je ne sais pas, d’image oui. Je me suis rendu compte la première fois que j’ai touché à un téléphone portable capable de faire des images, je me suis rendu compte que j’avais évacué l’humain, que je ne filmais plus que des petites choses. Je filmais des petits bouts, des jouets, des petites... bref ça m’a questionné, je me suis dit « tiens c’est étrange », tout à coup je me suis dit finalement qu’est-ce que c’est que ce rapport à cet outil alors que normalement on sait ce qu’on vend avec le téléphone portable, c’est le fameux « connecting people », les liens et tout ça ... Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Je suis en train de filmer quelque chose qui n’est plus de l’ordre de l’humain mais de la dissolution de l’être et ça, ça a tout de suite été quelque chose qui alimentait mon moulin. On pourrait presque parler en terme d’amplitude d’image. Je peux avoir des images qui s’inscrivent dans une iconographie du cinéma tout à fait normal et à la fois des choses qui sont de l’ordre de l’infiniment petit ; ce qu’ en tout cas moi je n’aurai peut être pas eu tendance à faire par exemple avec une caméra 35, voilà. Je n’aurai pas été sensible à... Ça a exacerbé une sensibilité que j’avais, un imaginaire que j’avais, c’est pourquoi je parle d’adéquation entre l’outil et moi-même ; par exemple tout le travail sur la matière, sur les tapisseries, sur les choses comme cela, avant je ne le faisais pas. Maintenant, je le fais, je rentre plus dans la matière avec le téléphone parce que justement, je n'ai plus d’interférent, il n’y a plus d’équipe, il n’y a même plus de matériel, le téléphone c’est vraiment rien. Donc, si je suis avec mon téléphone, voilà, je suis quasiment... On caresse les choses, on touche les choses, enfin c’est très très... Donc forcément ça génère des images. Echange avec un intervenant Forcément oui. Ah, est-ce que c’est l’œil ou la main qui se promène ? Je tiens à dire les deux mon capitaine, mais oui, l’œil au bout de la main ; il y a des deux. Effectivement il y a des choses où l’œil prime. L’œil a envie d’aller, l’œil se promène donc la main exécute une commande faite par l’œil. Et à un moment donné, malgré tout, tout à coup, le geste peut prendre le relais. Et je me rends compte aussi de ça, que maintenant, dans le processus de captation que je fais, je me laisse cet espace de liberté, un moment donné je me dis peut être que le geste va prendre le relais et d’ailleurs il prend souvent le relais parce que justement il y a un rapport physique ou physiologique qui est direct donc à un moment donné l’œil s’est épuisé puisqu’il a vu ce qu’il avait à voir mais la main elle continue, et voilà, après il faut tailler là dedans. Comment ? Question du public Il y avait une adéquation étrange entre la peau et le pixel Jean-Claude TAKI Oui, il y a là une adéquation étrange entre la peau et le pixel. Quand j’ai vu que je pouvais faire ce type d’image, j’ai beaucoup aimé parce que je retrouve des sensations que j’avais quand je travaillais avec du film. Des sensations légèrement différentes, mais malgré tout, il y a une matière dans l’image qui me plaît beaucoup. Il y a quelque chose qui vibre dans l’image en permanence, ce que j’avais moins en vidéo, où j’étais un peu plus frustré. Là, j’ai quelque chose qui est mouvant, et dans ce film moins, mais j’ai fait des choses, je suis en train de travailler sur des choses où le mouvement interne même à l’intérieur de l’image, en terme de texture, rentre en ligne de compte pour véhiculer quelque chose en tout cas. Oui, oui, non c’est intéressant... ...
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